La récente révision de la loi de finances rectificative a ravivé les débats autour de la gestion des deniers publics au Congo. Les échanges techniques avec le Fonds monétaire international (FMI) et les contre-performances de certains ministres, sous le feu des critiques, ont accru la pression du chef de l’État, Denis Sassou N’Guesso, au point d’alimenter les spéculations sur un éventuel remaniement gouvernemental. Une délégation ministérielle a d’ailleurs été rappelée d’urgence d’Europe, tandis que les discussions se poursuivent avec la mission du FMI.
Deux visions semblent s’opposer dans le débat : celle qui privilégie le financement des investissements sur fonds propres, à l’instar du Burkina Faso, et celle qui défend le recours à l’endettement extérieur et au soutien des institutions de Bretton Woods. En réalité, ces approches masquent une même difficulté à apporter des solutions durables aux faiblesses structurelles des finances publiques. Au-delà des postures idéologiques, les véritables enjeux portent désormais sur la compétence, la gouvernance, le patriotisme et, surtout, la mise en œuvre des audits prévus dans le cadre des engagements avec le FMI et la Banque mondiale.
Audits pétroliers : des promesses non tenues
Dès 2018, un rapport de la Banque mondiale préconisait un audit des coûts pétroliers avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), visant à vérifier que les « Cost Oil » – ces coûts récupérables avant partage de la production – n’étaient pas artificiellement gonflés au détriment des recettes de l’État. Le ratio entre recettes pétrolières et exportations s’étant nettement dégradé depuis 2015, des pertes substantielles étaient soupçonnées. La situation se serait aggravée sous l’actuel ministre des Hydrocarbures, Bruno Jean Richard Itoua, critiqué pour avoir externalisé certaines missions d’audit en dehors du cadre légal, limitant ainsi la transparence. À ce jour, aucun rapport complet financé par la BAD n’a été rendu public, et l’ITIE Congo se contente de travaux de réconciliation des flux, sans audit exhaustif.
La SNPC sous surveillance
La même recommandation de 2018 exigeait la publication régulière des rapports de rapprochement des comptes pétroliers par KPMG et des audits externes de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) pour la période 2012-2016. Si certains documents ont été diffusés avec retard, la transparence reste très partielle pour les exercices 2017 à 2023. La SNPC continue de publier ses états financiers audités de manière irrégulière, perpétuant une opacité dénoncée depuis des années.
Entreprises publiques : l’impasse du contrôle
Le troisième volet concerne les audits des entreprises publiques par la Cour des comptes et de discipline budgétaire (CCDB) et le Commissariat national aux comptes (CNC). La Banque mondiale recommandait la publication des audits 2015-2016 et un tableau de suivi des structures auditées, mais ces objectifs n’ont jamais été pleinement atteints. La CCDB n’a obtenu sa loi organique qu’en 2020, et le tableau promis reste introuvable. Une revue de 2023 confirme que l’audit externe couvre moins de la moitié des dépenses publiques.
Des institutions de contrôle fragilisées
Après le décès de Charles Émile Apesse en 2025, la CCDB traverse une zone de turbulences. Le concours de recrutement des auditeurs de justice organisé cette année à l’ENAM a suscité une vive polémique : pour 75 places prévues, plus de 250 candidats ont été admis, issus pour beaucoup d’établissements privés décriés. Des allégations de corruption, évoquant des paiements de un à trois millions de FCFA, avaient donné lieu à une enquête citant des personnalités, mais l’affaire est depuis tombée dans le silence.
En définitive, le Congo ne pourra améliorer durablement sa gouvernance qu’en mobilisant toutes ses compétences, loin des logiques d’affinité. Les réformes annoncées resteront lettre morte sans une volonté réelle de transparence, de reddition des comptes et de renforcement des institutions de contrôle.
