Achille Mbembe dénonce l’afrophobie en Afrique du Sud : les Congolais parmi les victimes

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Pour la première fois, le Pr Achille Mbembe, figure de la pensée africaine contemporaine, sort de son silence pour commenter la situation explosive en Afrique du Sud. Dans une interview poignante, il dénonce ce qu’il appelle l’afrophobie, une haine des Noirs par d’autres Noirs, qui a plongé le pays arc-en-ciel dans une crise profonde.

Mbembe, qui vit et travaille à Johannesburg, rappelle que l’Afrique du Sud, après la victoire contre l’apartheid, avait promu la philosophie de l’ubuntu – « je suis parce que nous sommes ». Aujourd’hui, ce principe est piétiné. « Quand un Noir déteste un autre Noir, il se déteste lui-même », explique-t-il, introduisant le concept d’autocotie (haine de soi).

La communauté congolaise a payé un lourd tribut. Un champion de boxe d’origine congolaise a été brûlé vif dans sa maison. Une commerçante congolaise a vu son salon de coiffure détruit par des émeutiers qui voulaient « remplacer l’étrangère ». Ces drames, parmi tant d’autres, illustrent une afrophobie aveugle qui jette sur les routes des milliers d’immigrés africains, contraints de rentrer au pays avec une simple valise.

Mbembe relie cette violence à l’échec des élites politiques sud-africaines, plus promptes à défendre des causes lointaines qu’à éteindre l’incendie dans leur propre maison. Il y voit une menace pour l’idéal panafricain : six décennies après les indépendances, un Africain ne peut toujours pas circuler librement sur le continent.

« Nous sommes devenus comme des putois qui se repoussent », déplore-t-il, en référence à un proverbe kongo. Pour l’intellectuel, le salut passe par un retour à l’humanisme du Bumuntu, cette valeur qui distingue l’homme de la bête. Un message qui résonne particulièrement en République du Congo, où la solidarité africaine reste un pilier de l’identité nationale.

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