Le projet d’Eni de produire des biocarburants à base d’huiles végétales en République du Congo soulève une controverse grandissante. L’entreprise italienne, présente dans le pays depuis 1968, ambitionne de cultiver 150 000 hectares de terres pour le ricin et d’autres plantes oléagineuses d’ici 2030, afin d’alimenter ses bioraffineries européennes. Mais sur le terrain, les communautés paysannes dénoncent des promesses non tenues et la mise en péril de leur souveraineté alimentaire.
En 2021, un protocole d’accord signé avec le gouvernement congolais annonçait la création de 90 000 emplois et une contribution à la décarbonation. Pourtant, dès les premières phases pilotes, les problèmes se sont accumulés. À Mayama, 1 200 agriculteurs ont versé 10 000 francs CFA chacun pour participer, mais n’ont jamais reçu les semences ni l’accompagnement technique promis. « Depuis 2023, nous n’avons reçu aucun soutien. Nous pensons que c’était une manipulation », témoigne un paysan anonyme.
Plus au sud, à Louvakou, la société Agri Ressources, partenaire d’Eni, a détruit des champs de manioc sans préavis, selon des habitants. Malgré une condamnation à verser 24 000 dollars d’indemnités à 57 agriculteurs, l’entreprise a utilisé 300 hectares pour tester le ricin. Le rendement a été jugé insuffisant, et la saison de plantation 2023 a été manquée faute de fonds.
À Loudima, la ferme Tolona, autre partenaire, a bénéficié d’un bail de 20 000 hectares contesté par les communautés. L’usine pilote d’huile installée en 2023 n’a pas reçu les machines de récolte d’Eni, laissant le ricin pourrir sur pied. « Nos terres coutumières ont été cédées sans notre consentement », déplore un propriétaire terrien.
En 2025, la Banque européenne d’investissement a accordé un prêt de 500 millions d’euros à Eni pour sa raffinerie de Livourne, tandis qu’une usine d’extraction d’huile était inaugurée à Loudima. Eni affirme avoir déjà planté 15 000 hectares et vise 40 000 d’ici fin 2025, mais les organisations de défense des droits humains, comme l’OPEDH, appellent à stopper ce qu’ils qualifient de « projet trompeur ».
Les paysans, soutenus par la société civile, exigent la reconnaissance de leurs droits fonciers et un moratoire sur l’expansion des cultures énergétiques. « Le Congo n’est pas un laboratoire pour les industries extractives », martèlent-ils. Le bras de fer ne fait que commencer.
